Le scénario : Extrait

FADE IN

 

SCENE 1 EXT.RUE.JOUR.
  Boulevard Saint Germain à PARIS. (Incrustation : Mercredi 6 août. 16H00). Il tombe des cordes. Didier  se dépêche, sa serviette de travail sur la tête. Il est en costume léger. Il se précipite vers le café DES DEUX MAGOTS.

SCENE 2 INT. RUE/CAFE DES DEUX MAGOTS. JOUR
  Le vent le pousse violemment à l’intérieur. Il évite de justesse le serveur et son plateau de cafés. Il parcourt la salle du regard. Il va s’installer à une table un peu à l’écart du bar. Le serveur le rejoint. Il est en tenue de service traditionnelle. Il est très maigre.

LE SERVEUR :
Une eau plate Monsieur ?

DIDIER :
Non un thé chinois. Ici ça va de soie !

Le serveur sourit. Il lui manque des dents. Il met sa bouche en rond, dresse un index et s’en va sur un demi-tour militaire. Didier ôte sa veste, décolle sa chemise de sa poitrine afin de limiter l’effet transparence. Il dénoue légèrement sa cravate, essuie son visage à l’aide d’un mouchoir en papier et redonne un peu d’ordre à ses cheveux. Le serveur revient.

LE SERVEUR :
Oolang véritable Monsieur ! 

Didier le remercie d’une inclinaison de la tête. Nouvelle rotation et disparition du serveur.

La porte du café s’ouvre violemment, projetant vers l’intérieur un petit bonhomme rondouillard qui percute le serveur. Celui-ci vole avec fracas dans les tables. Son plateau s’envole vers le bar et percute des bouteilles. (Bruit de verre cassé. Cris d’effroi de la clientèle. Silence)

Les serveurs relèvent le serveur, les tables et les chaises. Le patron du café relève le client.

LE PATRON :
Je suis désolé Monsieur. Quel temps de chien ! Charles ! Essuyez l’entrée !

Le client se réajuste, ignore les excuses et parcourt la salle du regard. Il repère et rejoint Didier.

LE CLIENT :
Monsieur NOEL ?

DIDIER :
Lui-même.

LE CLIENT :
Je suis MONSIEUR KRONOS. Enchanté !

Monsieur KRONOS lui tend une main franche. Didier la saisit et l’invite à s’assoir. Il l’observe avec curiosité. Monsieur KRONOS quitte sa veste, pose au sol un cartable noir. Il a une bouille joviale, des petits yeux de cochon, des pommettes roses, des lèvres fines et est très dégarni. Son front est très ridé. Sa chemise bleue est surmontée d’un nœud papillon marine qui lui sangle la pomme d’Adam. Il a un gros ventre, des jambes courtes mais puissantes. Il porte des souliers vernis noirs. Il a environ 60 ans.

MONSIEUR KRONOS :
Garçon !

Il regarde avec dédain le thé de Didier. Le garçon arrive et se poste en attente de la commande.

MONSIEUR KRONOS :
Une noisette !

Le serveur s’en va.

MONSIEUR KRONOS :
Monsieur NOEL, j’ai souhaité vous rencontrer car j’ai eu connaissance de vos activités par des relations professionnelles, qui m’ont dit le plus grand bien de vous.

DIDIER
Merci

MONSIEUR KRONOS
Si j’ai bien compris vous vous occupez d’aider les entreprises à développer leur business ! C’est bien ça ?

DIDIER :
C’est bien ça en effet… Depuis plus de 20 ans. Gagner des marchés, augmenter le chiffre d’affaire etc… etc…

MONSIEUR KRONOS :
Et vous êtes très efficace m’a-t-on dit ! Et très fiable !

DIDIER :
Re Merci !

MONSIEUR KRONOS :
Pour ce qui me concerne le problème est un peu différent.

DIDIER :
Ah oui ?

MONSIEUR KRONOS :
Oui. Je n’ai pas de problème pour me développer

DIDIER :
AH bon ? Pourquoi ce rendez-vous alors ?

MONSIEUR KRONOS :
Monsieur NOEL, si j’ai tenu à vous voir ici c’est par souci de confidentialité. Ce que je vais vous demander est un peu « spécial » et je ne souhaite pas que mes collaborateurs soient au courant de ma démarche. D’ailleurs si nous faisons affaire, nous conviendrons d’un mode opératoire… strict.

DIDIER :
Je vous écoute…

  Le serveur dépose le café.

MONSIEUR KRONOS :
Je m’appelle Serge KRONOS. Je dirige la société SITARD. Nous fabriquons des montres, des horloges, des pendules, des chronomètres, électroniques, numériques. Tout ce qui peut mesurer le temps, accroché à votre poignet ou en orbite autour de la planète.

 DIDIER :
Ah Oui ? Même les cosmonautes ont besoin de savoir l’heure qu’il est ? 

SERGE KRONOS (Ignorant la remarque):
Notre savoir-faire est connu et reconnu. Nous fournissons des industriels, des aéroports, des compagnies ferroviaires ou aériennes, l’armée, la recherche. Bref ! Nous sommes le leader mondial sur notre marché. Quand vous lisez l’heure quelque part, Monsieur NOEL, il y a en gros une chance sur deux pour que cela soit moi qui vous la donne.

Serge KRONOS verse le contenu d’un petit sac de sucre dans son café et y fait tourner une petite cuillère.

DIDIER :
Bravo !

SERGE KRONOS :
Tout allait plutôt bien jusque-là. Mais il y a quelques semaines, une société inconnue au bataillon de nos concurrents a fait son apparition. Elle a pris contact avec certains de nos clients afin de leur proposer un système révolutionnaire…

Didier est suspendu aux lèvres de Serge KRONOS. Celui-ci ménage son effet. Il prend le temps de boire son café à petites lampées. Il lève enfin les yeux vers Didier.

SERGE KRONOS :
LA LOCATION DE L’HEURE !

DIDIER :
Pardon ? La location de l’heure ?

SERGE KRONOS :
Absolument ! Vous avez très bien entendu Monsieur NOEL…
LA LOCATION DE L’HEURE

Les conversations du café ne sont plus qu’un léger bourdonnement. Serge KRONOS a planté ses yeux dans ceux de Didier. Il ne lâche pas son regard pendant quelques secondes.

DIDIER :
Comment peut-on louer l’heure ?

SERGE KRONOS :
Nous n’en savons rien. Nos clients non plus. Cette société, dénommée SATURNALES FRANCE, leur a promis toutes les explications possibles sous réserve d’un rendez-vous en face à face. Certains ont cru à une mauvaise blague et ne donneront pas suite. D’autres, plus curieux, ont accordé des rendez-vous, « pour voir » comme ils nous ont dit. Les premières rencontres sont fixées pour début septembre.

DIDIER :
Et vous craigniez de vous faire piquer vos clients !

SERGE KRONOS :
Pour l’instant je ne crains rien. J’aimerais savoir de quoi il faut que je me méfie. Je ne sais pas si nous avons affaire à un plaisantin ou à un véritable prédateur.

DIDIER :
Je suppose que vous avez fait des recherches sur cette société……SATURNALE ?

SERGE KRONOS :
Oui mais nous n’avons réussi à savoir que peu de choses. Elle s’est implantée près de Paris. Elle occupe un petit ensemble de bureaux. Les entrées-sorties sont très contrôlées par un service de sécurité très dissuasif. Il y a peu de personnel. La seule information significative que nous avons pu glaner, c’est qu’ils sont à la recherche de « Pointures Commerciales ».

Didier ne dit rien et musarde mentalement.

Deux jeunes femmes entrent dans le café. Elles s’assoient à deux tables de Didier et KRONOS. Elles sont ravissantes, très élégantes. Elles ont la trentaine. Brunes, l’une a les cheveux mi-longs, l’autre les cheveux coupés au carré. L’une sort de son sac à main une revue féminine. Elle en tourne quelques pages rapidement et présente à l’autre un article

Le serveur glisse jusqu’à elles. Il s’incline et s’enquiert de leur commande. Un Irish Coffee et un Bloody Mary ! Il s’en retourne en adressant au passage un clin d’œil à Didier.

L’attention de DIDIER revient vers Serge KRONOS qui s’est aussi laissé divaguer ces courts instants.

DIDIER :
Je comprends vos préoccupations Monsieur KRONOS mais je ne vois pas ce que je peux pour vous.

SERGE KRONOS :
Ce que vous pouvez pour moi ?… C’est d’aller exercer vos talents chez SATURNALES. 

DIDIER :
Pardon !?

SERGE KRONOS :
Je veux que vous vous fassiez embaucher chez SATURNALES et que vous me renseigniez sur les activités de cette société. Je veux savoir ce qu’elle va commercialiser. Nous devons comprendre très vite ce que signifie « Louer l’heure ». Votre mission, si vous l’acceptez, va consister à m’informer dans les moindres détails. 

DIDIER :
Vous souhaitez que je devienne votre espion chez votre concurrent ?…

SERGE KRONOS (Sur un ton moqueur) :
Tout à fait ! Je pourrais même vous appeler « l’abeille ».
C’est plus joli que la taupe !

DIDIER :
D’accord appelez-moi Maya. Monsieur KRONOS, nous sommes très loin des fonctions que j’exerce généralement. Je n’ai pas les compétences requises pour ce genre d’intervention. Je n’ai rien de James BOND. Vraiment rien !

SERGE KRONOS :
Vous allez gagner beaucoup d’argent Monsieur NOEL : le salaire que vous versera SATURNALES plus les honoraires confortables que je vais vous payer.

DIDIER :
Tout n’est pas toujours question d’argent Monsieur KRONOS.

SERGE KRONOS :
L’argent est le carburant du Monde. Celui qui décide Monsieur NOEL, c’est celui qui a l’argent. En plus je sais que vous ne roulez pas sur l’or. Moi je vous apporte un rayon de soleil avec bronzage en prime. Alors remballez votre bouche en cul de poule et ne me faîtes pas chier avec vos principes.

Serge KRONOS sort une grosse coupure et règle les consommations. Puis il ouvre sa sacoche et en sort une chemise en carton portant le mot « CONTRAT ». Il en sort deux feuillets, la page d’un journal où figure une annonce « Recrutons Force commerciale » et un chèque qu’il tourne vers Didier. Il le regarde avec un air décidé. Didier regarde les documents, surtout le chèque. Il est déstabilisé mais séduit par la somme.

DIDIER :
La signature plutôt en noir ou plutôt en bleu ?

 SCENE 3 INT. MAISON DIDIER. JOUR
  Intérieur moderne. Cuisine intégrée. Salon avec table basse et canapé cuir blanc. Sol anthracite. Didier arrive d’un couloir en peignoir éponge blanc. Il se rend à son bureau. Il surfe sur internet. Plans sur le site SITARD, apparition de la photo de KRONOS, de photos de chronomètres, de montres, des colonnes de chiffres. Didier est impressionné par ce qu’il lit. Puis il entre le mot SATURNALES et obtient « 0 résultat ». Il attrape l’annonce de recrutement et commence la rédaction d’un courrier.

Didier glisse son cv portant sa photo dans une enveloppe qu’il ferme. Il la retourne, la pose contre l’écran de son ordinateur. Elle porte l’adresse de SATURNALES France. Didier se dirige vers le couloir et entre dans la salle de bains.

SCENE 4 INT. MAISON/RUE. JOUR
  Didier sort de la maison. Il est rasé de près et coiffé. Il porte un jean bleu élimé, une chemisette blanche entr’ouverte une veste en lin lie de vin, des mocassins noirs classiques. Il porte un grand sac et l’enveloppe. Il dépose le sac dans le coffre de la voiture garée devant sa maison. Il fait quelques pas jusqu’à une boite à lettres. Il y jette l’enveloppe et monte en voiture.

SCENE 5 EXT. CLUB DE SPORT. JOUR
  La voiture de Didier se gare devant un bâtiment qui porte l’enseigne « Le Corps beau et le Run Art » encadré par un athlète soulevant des haltères et un coureur en action. Didier descend de la voiture, prend son sac dans le coffre et entre dans le bâtiment.

SCENE 6 INT. CLUB DE SPORT. JOUR
  La salle de sport est vide excepté le coach à l’accueil.

DIDIER :
Salut Jean !

LE COACH :
Salut Didier !

Didier se dirige vers le vestiaire. Il en ressort en tenue de sport, une bouteille d’eau à la main. Au fond de la salle, deux femmes font du vélo elliptique. Didier s’approche vers une machine de cardio située près d’elles. Elles portent des tenues de sport moulantes noires et fluo flashy. Il réalise avec surprise que ce sont les deux femmes des DEUX MAGOTS. Ils se saluent. Didier s’installe à un vélo faisant mine de les ignorer mais leur jette un coup d’œil furtif de temps en temps. Puis il se met à pédaler vivement. Il se concentre sur son exercice et quand il relève la tête, les femmes ne sont plus là.

SCENE 7 INT. MAISON DE DIDIER. JOUR (Midi)
  Didier arrive de la cuisine, une assiette avec un steak et de la salade dans une main. Dans l’autre main une fourchette, il avance en piquant un morceau. Il s’assoit dans le canapé en regardant la télé.

DAVID PUJADA TV :
Bonjour. Voici les titres de votre 13H.

Guerre : c’est encore une fois le moyen Orient qui s’enflamme. Nos envoyés spéciaux sont sur place.

Politique française : à droite querelle des chefs. A gauche querelle des ministres. Au centre querelle pour savoir à quelle querelle on va se rattacher. Le monde politique français vous salue bien. Votre avenir ne l’inquiète pas. Seul son devenir lui importe.

Mais avant tout, le titre principal de cette édition :

La catastrophe aérienne qui s’est produite hier en début de soirée, à moins d’un kilomètre des falaises d’Etretat. Fait rarissime : deux avions de ligne se sont télescopés. Il y a 653 morts. Des secours importants ont été lancés bien que l’espoir de retrouver des survivants soit inexistant. Quelques secondes auparavant, les pilotes des deux appareils avaient échangé avec le sol. Ils n’avaient fait état d’aucunes difficultés particulières. Les boîtes noires donneront sûrement l’explication à ce désastre.

Didier éteint la télé, dépose assiette et couvert dans le lave-vaisselle et s’assoit à son ordinateur. Il tape sur le clavier.

SCENE 8. EXT. RUE. JOUR (19h)
  Didier sort de chez lui, lunettes de soleil, il est en chemise, il tient sa veste sur son épaule. Il est souriant. Il parcourt plusieurs rues du quartier des Buttes Chaumont. Il arrive à un petit café, Le « Bois sans soif », il traverse la terrasse. Toutes les tables sont occupées. Il entre dans le café.

SCENE 9. INT. BAR. JOUR (19h)
  Beaucoup de monde au bar. Ça parle fort. Ça consomme. L’ambiance est joyeuse et bon enfant. Ça rit. Un client fait un discours à 3 autres.

LE CLIENT :
Attendez, Moi je vais vous dire ! 

UN AUTRE CLIENT :
Attention Monsieur « L’Esprit » va s’exprimer !

L’ESPRIT :
Parfaitement Messieurs, je vais vous expliquer !

Didier trouve difficilement une place au bout du bar. Derrière le comptoir la patronne, Servane, sourit aux insanités de la bande des 4 clients. Servane est belle. Elle a 50 ans. Elle a des traits doux. Servane est châtain clair méchée blonde. Le teint halé, rehaussé par deux lignes de rouge à lèvres carmin, des yeux marron clair cernés de discrètes pattes d’oies. Elle porte un tee-shirt blanc en coton qui enveloppe sa poitrine (95D) et laisse apparaitre un peu de son ventre brun et un piercing. Sa jupe bleu ciel lui arrive à mi-jambes, bronzées et fermes. Elle porte des ballerines bleu marine.

Elle envoie un baiser à Didier et tire une blonde sans mousse. Elle la dépose sur un coin du bar en face de lui. Didier est inconfortable debout entre des clients qui le bousculent. Il craint pour son verre. Servane l’observe et lui sourit en faisant le chiffre 2 de chacune de ses mains. Didier lui répond d’un clignement d’yeux approbateur.

De sa place Didier peut voir la terrasse. Un couple quitte la table qu’il occupait. Didier saisit son verre et le journal du bar et se précipite pour prendre la place.

Une treille surplombe la terrasse presqu’en totalité. Des tables et des chaises métalliques, lourdes, peintes en vert, modèle rétro, accueillent une clientèle moins tapageuse, en quête d’un moment de détente.

SCENE 10. EXT. BAR. JOUR (19h)
  Didier s’assoit à la table, savoure une gorgée de bière puis lit le journal. Une double page est consacrée à l’accident d’avions. Il plonge dans la lecture. Quand il repose le journal sur la table, Serge KRONOS est assis en face de lui. Serge KRONOS appelle en direction du bar en levant la main.

SERGE KRONOS :
Deux pressions s’il vous plait.

DIDIER :
Comment avez-vous su que j’étais ici ?

SERGE KRONOS :
Je ne le savais pas. Je suis passé à votre domicile, vous n’y étiez pas. Je me suis dit que j’allais vous attendre un peu en prenant un verre dans le quartier. C’est le hasard qui m’a amené jusqu’ici.

DIDIER :
Et que me vaut l’honneur de cette visite tardive ?

SERGE KRONOS :
Je voulais vous rencontrer pour vous livrer des informations d’importance que je ne voulais pas confier au web.

Servane amène les bières. Elle empoche les 10 euros que lui tend Serge KRONOS, lui rend quelques pièces en attardant son regard sur lui, puis retourne vers le bar.

SERGE KRONOS :
Je viens vous parler de la catastrophe aérienne.

Didier a une mimique d’étonnement.

SERGE KRONOS :
Je vous ai dit que nous comptions parmi nos clients des acteurs majeurs de l’aviation civile. Et bien pour faire simple c’est nous qui fournissons les horloges des appareils qui sont tombés hier. Et cette nuit la direction d’une des deux compagnies m’a appelé pour me faire part d’un élément inquiétant.

Didier est attentif et inquiet

SERGE KRONOS :
Qu’est-ce qu’une collision Monsieur NOEL ?

Didier ne répond pas

SERGE KRONOS :
Ce sont deux engins qui souhaitent passer à un même point au même moment. Rien de plus. Ainsi en théorie, si l’on découpe le mouvement image par image, à chaque point de passage correspond une heure de passage. Le rôle des machines et des hommes est donc de vérifier que chaque point de passage est bien libre au moment où il est franchi. Ceci se fait par des mesures continues qui combinent longitude, latitude, altitude, vitesse et heure. Si l’une de ces données est fausse pour un seul des deux engins, une collision est alors possible. Pas obligatoire mais possible.

DIDIER :
Jusque-là je vous suis.

Serge KRONOS :
D’après ce que les spécialistes ont réussi à déterminer pour l’instant, hier au moment du choc, les deux appareils étaient correctement positionnés, mais…

DIDIER :
Mais ?

Serge KRONOS :
Un des deux appareils n’était pas à la bonne heure !

DIDIER :
C’est-à-dire qu’à l’heure du crash il n’aurait pas dû se trouver à l’endroit du crash ?

SERGE KRONOS :
C’est exactement ça.

La lumière du jour a baissé mais le café ne désemplit pas. Servane allume l’éclairage extérieur, une ribambelle de guirlandes d’ampoules rondes et blanches. Elle offre des tapas de toutes sortes à des clients qui recommandent des consommations à qui mieux-mieux. Derrière le bar, Didier aperçoit Tara, la serveuse. Tara, est une irlandaise de 25 ans. Elle est rousse et sa peau est blanche. Son visage est plein de taches de rousseur. Ses yeux sont verts. Elle est sexy. Elle porte un tee-shirt rose imprimé de blanc et un sarouel noir. En haut ses petits seins pointent vaillamment. En bas le tissu emballe ses fesses et suggère ses cuisses.

DIDIER :
Je comprends que vous sentiez terriblement concerné Monsieur KRONOS mais pourquoi venir me confier tout cela ? Quel rapport avec le travail que vous m’avez demandé ?

SERGE KRONOS :
Je ne sais pas. Sûrement aucun. J’avais simplement besoin d’en parler. Personne dans l’entreprise n’est au courant ou imagine notre éventuelle mise en cause. Car nos systèmes sont à la fois complexes et extrêmement fiables. Je suis tenté de dire que l’erreur est impossible.

DIDIER :
Et si malgré tout l’impossible était la réalité ?

SERGE KRONOS :
Je vous laisse imaginer les conséquences pour notre société. Il y 653 morts je vous le rappelle.

DIDIER :
Si vos systèmes sont aussi performants que vous le dites, alors le problème vient d’ailleurs : d’une manœuvre humaine ou d’une erreur de pilotage. Les boites noires le diront et vous dégageront de toute responsabilité.

SERGE KRONOS (Dubitatif) :
Je l’espère Monsieur NOEL… Je l’espère.

Serge KRONOS se lève.

SERGE KRONOS :
Bonsoir Monsieur NOEL. Tenez-moi au courant dès que vous avez du nouveau côté SATURNALES.

DIDIER :
Bien sûr. A très bientôt.

Serge KRONOS s’éloigne. Didier le regarde remonter péniblement la rue en pente et s’éloigner dans l’obscurité qui l’envahit maintenant.

SCENE 11. INT MAISON DIDIER. NUIT
  Didier cuisine. Il bat des œufs pour une omelette. Il verse de l’huile d’olives sur un plat de tomates, puis parsème du basilic. Il met une bouteille de Beaujolais au frigo où attendent des pâtisseries Tunisiennes.

Il met de la musique, la chanteuse Sade, dresse le couvert sur la table basse du salon. Puis il s’assoit sur le canapé et feuillette un magazine.

Un coup de sonnette très bref. La porte s’ouvre aussitôt. Servane entre, retire ses ballerines, pose son sac à main. Elle s’étire en écartant grands les bras et jette la tête en arrière.

SERVANE :
Je suis ca…ssée !

Elle s’assoie près de DIDIER. Elle lui fait un petit bisou sage sur la joue.

DIDIER :
Grosse journée ?

SERVANE :
Pas mal oui. Et encore j’ai mis la bande à l’Esprit dehors. Sinon j’y serais toujours. Ils étaient partis sur la catastrophe aérienne d’hier. Tiens à ce sujet ! TARA, ma serveuse Irlandaise…

DIDIER :
Je sais qui est TARA.

SERVANE :
… Elle m’a dit qu’elle craignait d’avoir un de ses amis dans l’un de deux avions. Il venait de Dublin et devait passer quelques jours à Paris juste pour le fun donc il n’avait pas donné de date précise mais elle pense qu’il devait arriver ces jours-ci. Elle ne parvient pas à le joindre. Elle est inquiète.

DIDIER :
Je comprends !

Servane se lève.

SERVANE :
Cela ne t’embête pas si je prends une douche avant que l’on dîne ?

Servane  n’attend pas la réponse et disparait dans le couloir qui mène à la salle de bain. Didier va à la cuisine et lance la cuisson de l’omelette. Il ouvre la bouteille de vin, le goûte, fait une mimique de satisfaction. Il sert deux verres. Un petit chat européen arrive dans la cuisine et vient se frotter contre ses jambes.

Servane réapparait. Elle a enfilé le peignoir de Didier dont elle a retourné les manches trop longues. Elle a fait une queue de cheval de ses cheveux mouillés. Elle est pieds nus. Didier l’accueille en lui tendant un verre.

DIDIER :
Santé ! Du Beaujolais… Madame.

SERVANE :
Hummm ! … Et frais ! Tu sais recevoir.

DIDIER :
Je sais Te recevoir.

SERVANE :
Sade c’est pour finir de m’enivrer et pouvoir profiter de moi ?

DIDIER :
Je n’ai aucun secret pour toi. 

Elle s’octroie une longue gorgée en plantant des yeux de défi dans ceux de Didier.

SERVANE :
Monsieur le Président, il m’a fait boire… Et j’ai bu ! J’ai bu la coupe jusqu’à la lie. Ce curare était un nectar….Euh… pour m’emmener dans son plumard ! 

Elle éclate de rire et vient poser un baiser sur les lèvres de Didier.

SERVANE :
Et au menu Monsieur le profiteur, qu’avons-nous ?

 DIDIER :
Omelette de 22H à la moi-même. Puis insalata de pomodori della Toscana.

SERVANE :
Mieux connue sous le nom de « Salade de tomates ».

DIDIER :
Voilà. Et enfin douceurs orientales des mille et une calories, pour cuisses et fesses.

Servane se tourne, remonte le bas du peignoir, et dévoile ses jambes et ses fesses nues sous ses reins cambrés.

SERVANE :
Tu crois que je peux ?

Didier profite de son exhibition une seconde.

DIDIER :
Sans aucun doute !

Servane satisfaite de son effet, laisse retomber le tissu et vient à nouveau embrasser Didier sur la joue. Elle maintient sa joue contre la sienne.

SERVANE :
Je crois que l’omelette de 22 heures est prête.

Servane va s’assoir sur le canapé. Didier revient avec l’omelette et le plat de tomates. Il s’assoit à côté d’elle. Ils commencent à diner avec appétit.

SERVANE :
C’était qui ce petit bonhomme avec qui tu parlais en terrasse tout à l’heure ?

DIDIER :
Un nouveau client. Un dénommé KRONOS, Serge KRONOS. Nous avons conclu une collaboration hier. Il me demande un job un peu « space » mais il paye très bien.

SERVANE :
Je le connais.

DIDIER :
Ah bon ?! C’est un client du bar ?

SERVANE :
Oui mais pas un habitué. Il est venu pour la première fois, lundi en milieu d’après-midi. Il portait une sacoche noire sous le bras. Il s’est assis en terrasse à la même table que toi ce soir. Il m’a commandé une noisette. Une femme l’a rejoint. Quand je me suis approché pour prendre la commande de la dame, ils se sont tus. Ils semblaient vouloir rester discrets. Lorsque je suis revenu avec le verre, une seconde femme était arrivée. Ils se sont à nouveau interrompus. Je suis reparti chercher la dernière consommation. Toujours le même manège à mon retour. Il a payé. Pendant que je lui rendais la monnaie, les deux femmes m’observaient de la tête aux pieds. Leurs regards n’étaient pas très amicaux. J’étais gênée.

DIDIER :
Ils sont restés là longtemps ?

SERVANE :
Un bon moment oui. Par la porte je pouvais les voir discuter. La conversation était animée. Pas une dispute mais un échange vif. A un moment il a téléphoné. Elles étaient très attentives à son entretien. Il martelait la table comme pour appuyer ses propos. Puis il a raccroché et rangé dans sa serviette des documents que l’une des filles lui tendait.

DIDIER :
Tu n’as vraiment rien pu entendre ?

SERVANE :
Juste une bribe de phrase quand je suis allé servir une table proche de la leur. Une de ses invitées lui disait : « C’est la solution. Il acceptera ». C’est tout. Je ne me suis pas attardée.

DIDIER :
Elles avaient l’air de quoi ces deux nanas ?

SERVANE :
Plutôt jolies. Habillées plutôt classe. Donc plutôt assez très énervantes ! Une des deux avait un tee-shirt échancré qui laissait apparaitre un décolleté plutôt sympa, si tu vois ce que je veux dire, d’où s’échappait un détail du tatouage qu’elle a sur le haut du sein gauche.

DIDIER :
Et plutôt assez plus jeunes que toi ? Non ? »

SERVANE :
Ouhh ! Tu m’énerves ! 

Servane donne un coup de poing sur l’épaule de Didier. Il éclate de rire. Elle se jette sur lui et mime une avalanche de coups dans ses côtes. Il la saisit par les poignets, la repousse et colle sa bouche sur la sienne. Elle résiste pour la forme et s’abandonne finalement à son baiser viril mais plein de tendresse. Ils se séparent.

SERVANE :
Salaud !

DIDIER (Moqueur) :
Moi aussi je t’aime bien !

Au cours du chahut, le peignoir de Servane s’est entr’ouvert. Elle se réajuste.

DIDIER :
Et ça s’est terminé comment ?

SERVANE :
Je ne sais pas. Je ne les ai pas vus partir. 

Didier est songeur. Servane le remarque.

SERVANE :
A quoi tu penses ? 

DIDIER :
Contrairement à ce qu’il m’a dit, ce soir Kronos n’était pas venu m’attendre chez toi par hasard. Il connaissait déjà l’existence de ton café.

Pause

Tu te souviens de ce que tu as servi aux filles.

SERVANE :
Oh oui ! On ne me demande pas ça tous les jours à l’heure du thé ! Un Irish Coffee et un Bloody Mary ! 

Servane perçoit la contrariété de DIDIER.

SERVANE :
Ça ne va pas ? Tu sembles inquiet ?

DIDIER :
Un type me donne rendez-vous dans un café pour me confier un boulot plus qu’inhabituel. Le lendemain, alors que rien n’a encore vraiment démarré, je me rends compte que je suis observé voire suivi par des personnes que mon gars connait ou peut-être même emploie : va savoir. J’ai déjà eu des occupations moins originales !

SERVANE :
Qu’est-ce qu’il attend de toi ?

DIDIER :
Que j’espionne un de ses concurrents ! 

Servane éclate de rire.

SERVANE :
Hellooo James !

Elle parodie la célèbre position de JAMES BOND. Didier lui concède un sourire par affection.

SERVANE :
Qu’est-ce que tu vas faire ?

DIDIER :
Tout d’abord avoir un entretien avec mon client.
Ensuite en fonction de ses explications, je verrai. 

La chanson de Julio IGLESIAS retentit dans la maison. Elle provient su sac à main de SERVANE. « Vous les femmes, Vous le charme… ». Servane écarquille les yeux, se précipite et plonge dans son sac à main. « Vos sourires nous attirent, nous désarment ». Elle cherche en vain son portable. « Vous les anges, adorables… ». En panique elle vide son sac par terre. « Et nous sommes, nous les hommes pauvres diables ».

DIDIER :
Dépêche-toi ou on va attaquer les roses ! 

La chanson continue « Avec des milliers de roses on vous entoure… ». Servane, écarlate, trouve enfin l’appareil. Elle pianote sur l’écran et interrompt la chanson.

Mais Didier, moqueur, la continue en mimant Julio IGLESIAS

DIDIER :
Ta ta ta ta ta taaa, Ta ta ta ta ta taaa .

Elle lui intime le silence d’un doigt sur sa bouche.

SERVANE :
Bonsoir ma chérie !

Elle obstrue le micro du téléphone pour s’adresser à Didier à mi-voix.

SERVANE (Bas) :
C’est TARA.

Servane écoute son téléphone.

SERVANE :
Attend… Un instant. (A Didier) Mon chéri cela t’embête si TARA passe un instant ?

DIDIER :
Non, bien sûr que non !

SERVANE :
Viens TARA, je suis chez Didier. Viens nous raconter ça.
On t’attend !

Servane raccroche et range ses affaires dans son sac. Didier débarrasse la table du salon.

DIDIER :
Julio et toi, ça fait longtemps ?

SERVANE :
Julio et moi ? Depuis toujours !

DIDIER :
Tu m‘avais caché cette passion.

SERVANE :
Tu me dis toujours tout de ta vie ?

Didier s’éclipse pour éviter de répondre et revient avec les pâtisseries Tunisiennes, qu’il présente à Servane.

DIDIER :
Tentée ?

Le regard de Servane passe des pâtisseries à Didier

SERVANE :
Passionnément !

La sonnette retentit. Servane renonce momentanément à une gourmandise et à Didier pour aller ouvrir.

SCENE 12. INT MAISON DIDIER. NUIT
  Tara et Servane se claquent des bises comme si elles ne s’étaient pas vues depuis longtemps. TARA entre et voit Didier.

TARA :
Hello NOEL !

Tara s’avance vers Didier et lui fait 4 bises. Elle est très gaie. Puis elle entre dans le salon sans y avoir été invitée. Elle voit le plateau de pâtisseries sur la table du salon.

TARA :
Hummmm… Je peux ?

DIDIER :
Je te le demande ! 

Tara prend un gâteau et le croque à moitié. Les filles s’assoient sur le canapé. Didier leur fait face assis sur un pouf.

TARA :
Je chuis hyperwcontente !!

TARA commence son récit en terminant la dégustation du gâteau. Elle l’avale d’une bouchée et poursuit.

TARA :
Killian, mon pote, il n’est pas dans l’avion qui a eu le accident !!

Tara avale un second gâteau. Servane mange une corne de gazelle.

TARA :
Il devait prwendrwe le avion. Il avait acheté le billet. Mais à cause du travail il a décalé le venir. Pour dire merci son patron lui filer deux jours de congés de plus et 500 youros pour faire le fête à Paris !

Elle sautille de joie et claque des mains.

TARA :
Je suis si heurweuse que lui pas morte !

Tara se tourne alors vers Servane, les mains jointes en supplique.

TARA :
Son avion arrwive demain à midi à Rwoissy. Tu veux bien que je vais le chercher ? Je rwattraperai le trwavail le semaine prochaine. Please Serwvane ! I’m so glad !

Servance lui embrasse les mains sans lui répondre. Tara comprend que Servane est d’accord.

TARA :
Oh thank you ! Thank you so much Servane !

SERVANE (Avec un accent à couper au couteau) :
Maye plésure Darling !

Didier revient de la cuisine un verre de rouge à la main. Il le tend à Tara. Ils portent un toast au patron de Killian.

SERVANE :
Ce Killian c’est ton boy-friend Tara ?

TARA :
Oui et non. Avant un petit peu mais maintenant pas trwop. Nous nous connaissons depuis que nous êtes petits. Alors c’est un vrwai ami. Nous nous aimons beaucoup mais nous ne ferwons pas d’enfants ensemble.

DIDIER :
C’est quoi exactement le job de Killian ?

TARA :
Je ne sais pas trwop. Il dit qu’il est ingé…ingié…ingiéneur. Il fait des trwucs trwès techniques sur des mechines. Il me dit au téléphone qu’en ce momont il a beaucoup de trwavail carw sa boîte a beaucoup de nouveaux clients.

 DIDIER :
Et elle s’appelle comment sa boite ?

TARA :
Irish Saturnals

Didier s’entruche. Tara regarde sa montre.

TARA :
Merde déjà ! Il faut que je vais !

  Elle se lève, envoie des baisers à Didier et Servane.

TARA :
Merci Servane ! Kisses !

Elle s’éclipse. Didier et Servane viennent se reposer l’un à côté de l’autre sur le canapé. Servane bascule contre le dossier du canapé, fait tournoyer le fond de son verre, se tourne vers Didier et miaule une question.

SERVANE :
C’est quoi pour toi notre « Nous deux » ?

Didier réfléchit.

DIDIER :
Notre « Nous deux » c’est un chapitre essentiel au milieu du livre de notre vie. Nous n’en connaissons pas le nombre de pages. Nous en écrivons et en lisons l’histoire au quotidien. Héros nous n’en maitrisons pas l’issue. Auteurs nous n’en avons pas encore inventé la fin. 

SERVANE :
Merci mon poète.

La main de Servane caresse la nuque de Didier.

SERVANE :
Je vais me coucher… Si tu veux bien de moi ce soir.

Sûre d’elle, elle n’attend pas la réponse de Didier, se lève, attrape sa main et l’emmène à sa suite vers sa chambre. Elle détache ses cheveux. Ils se déshabillent rapidement, se glissent nus sous la couette. Elle pose sa tête au creux de son épaule, caresse légèrement son ventre du bout de ses doigts. Leurs souffles s’apaisent à l’unisson. Le sommeil a raison de leurs velléités sexuelles de début de soirée : ils n’ont plus tout à fait 20 ans.

SCENE 13. INT. MAISON DIDIER. JOUR (Matin)

Servane et Didier se réveillent. Elle se tourne vers lui. Elle comprend qu’il est en train de réfléchir.

SERVANE :
A quoi penses-tu ?

DIDIER :
La boite où travaille Killian s’appelle IRISH SATURNALS. Le concurrent de mon client dont nous avons parlé hier s’appelle SATURNALES FRANCE.

SERVANE :
Simple coïncidence. Non ?

DIDIER :
Sûrement. Oui.

Servane disparait alors sous la couette. L’instant d’après Servane danse sur le ventre de Didier. Leur étreinte est agitée et intense. Ils  transpirent. Ils finissent par avoir du plaisir en même temps. Elle se rallonge à son côté. Ils reprennent leurs souffles l’un à côté de l’autre.

Didier  a les yeux fermés. Il entend venir du lointain la chanson de Puggy « When you know ». Le son se rapproche.

Didier ouvre un œil sévère. Il se souvient que c’est la sonnerie de son portable. Il se précipite sur l’appareil qui vibre sur la table de nuit

DIDIER :
Allo Oui ?!

UNE VOIX :
Bonjour Monsieur NOEL, Jules Peter SPACE, Président de SATURNALES FRANCE. Je fais suite à votre courrier. J’aimerais vous rencontrer rapidement. Seriez-vous disponible aujourd’hui ? 

DIDIER :
Pourquoi pas. Un de mes rendez-vous s’est annulé et mon après-midi est libre.

LA VOIX :
14H à notre siège ?

 DIDIER :
J’y serai.

LA VOIX :
Parfait. Merci. A tout à l’heure !
(Clic de raccrochage)

Didier rejoint Servane sous la douche. Ils se savonnent mutuellement.

DIDIER :
J’ai un rendez-vous en début d’après-midi. Je pousserai ensuite chez mon père en Champagne. Je passerai le week-end avec lui. Je serai de retour dimanche soir.

Elle acquiesce et l’embrasse à pleine bouche. Elle écrase ses seins lourds contre son torse. Les mains de Didier saisissent fermement ses fesses.

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